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VOTRE INTERCULTUREL : ces “petites” phrases qui plombent vos échanges au quotiden

VOTRE INTERCULTUREL :
ces “petites” phrases qui plombent vos échanges au quotiden

Au travail, dans votre immeuble, dans vos soirées, ici ou ailleurs, vous vivez et vivrez toujours plus des rencontres avec des personnes très diverses. Et subitement, à un moment ou à un autre de vos échanges ou de vos négociations, vous oubliez que l’on peut être d’apparence asiatique et de nationalité française, avoir un patronyme arabe mais avoir grandi en Hollande, avoir la peau noire et être 100 % londonien ou encore être de parents portugais et avoir le passeport suisse. Mais face à cette complexe diversité, la tentation est là, agissante, vous incitant à “réduire” vos interlocuteurs à UNE culture et aux traits qui selon vous la caractérisent. Là, vous perdez clairement de vue la personne qui est en face de vous. Voici quelques petits conseils pour rester connecté-e  :

« AVIS AUX EMETTEURS (…DES PETITES PHRASES) »

Vous êtes dans une réunion avec des collègues d’une filiale étrangère ou tout simplement des collègues d’origines diverses ou dans une soirée entre amis qui ont amené des amis ou encore, vous faites visiter Genève à des clients. Tout de passait bien, de votre point de vue en tout cas, et subitement, vous sentez que la dynamique d’échange est en train de se modifier. Un petit malaise s’installe; l’atmosphère se charge de silences mystérieux, de sourires forcés et de regards sur la montre… aie, aie, aie, qu’avez-vous bien pu dire ?

Sans nécessairement être conscient de heurter voire de blesser, et même parfois dans l’idée de vous montrer « super sympa »,  vous avez fait une boulette. Plus ou moins grosse. Rien d’irrémédiable, mais les identifier le plus vite possible dans votre vocabulaire quotidien de convivialité et de sociabilité vous rendra de gros services et de belles indications sur vos représentations; celles-là même, inconscientes souvent, inconscientes peut-être, qui peuvent casser ce qui démarrait si bien : une rencontre intéressante et bourrée de potentiel.

Si, si, je parle bien de votre vocabulaire AU QUOTIDIEN: car votre environnement social et professionnel sera toujours plus multiculturel et diversifié. Autant vous questionner sans attendre.

Des exemples de petites phrases ?

Commençons par une célèbre phrase qui a fait beaucoup de bruit l’année dernière  : Sylvie Pierre-Brossolette, rédactrice en chef au Point écrit le 19 mars à propos de l’affaire DSK : “Quelle image donnons-nous au monde quand les télévisions de la planète entière montrent un prestigieux Français pénétrer dans le tribunal de New York, piteux, mal rasé et toujours menotté, pas mieux traité que les malfrats de couleur déférés avant et après lui devant le juge ?

Et celles du quotidien :

  • Vous les Allemands, vous avez le sens inné de l’organisation (ce qui implique que l’autre est donc forcément ou devrait être naturellement bien organisé…)
  • Vous les Noirs, c’est bien connu, vous avez le rythme dans le sang et dans la peau (ah oui ? C’est génétique ?)
  • Mais vous les Orientaux, vous avez un sens inné du commerce…  (ah bon, je pensais avoir bien capitalisé mes expériences pour parvenir à un certain niveau de négociation efficace..)
  • Vous êtes portugais ? Formidable, ma femme de ménage est portugaise, je suis très content(e)…. (bon, on se dit quoi maintenant après cette précision essentielle ?)
  • Vous les Asiatiques vous êtes des bosseurs, tout le monde le sait   (Dieu a parlé…)
  • Vos cheveux sont superbes, vous êtes du Maroc ?   (Et les vôtres sont d’où ?)
  • Ici on est pas en Belgique, on fait comme ça (sous-entendu,  ici c’est mieux et en plus vous n’avez pas eu les compétences pour le remarquer)
  • Je reviens de ton pays, c’est fou comme les gens sont futés chez vous, franchement, j’étais enchanté(e).    (Heu donc, tu pensais quoi avant ? )

Ces phrases étiquettent les autres et les enferment. Elles ont même le pouvoir parfois de réduire vos interlocuteurs à des compétences plus physiques ou prétendument innées qu’intellectuelles. Donc Attention.

Une petite formation vous aidera à comprendre les ressorts et les enjeux de “ces petites phrases”.  Elle accompagnera une remise en question plus que jamais nécessaire et forcément bénéfique, étant donné les contextes sociaux et professionnels toujours plus hétérogènes.

« AVIS AUX RECEPTEURS (… DES PETITES PHRASES) »

Vous seuls en effet savez ce que l’on ressent quand une phrase comme une de celles évoquées ci-dessus vous tombe dessus. Quelques suggestions :

  • Ne réagissez pas violemment
  • Garder la maîtrise de vos réactions et prenez le levier de l’interaction. Pourquoi ?
  • Pour accompagner la prise de conscience de votre interlocuteur de son ignorance, de sa boulette, de sa grosse gaffe
  • Privilégiez l’humour : mes cheveux sont du Maroc ? Et les vôtres ?, c’est le meilleur moyen d’introduire, si nécessaire, une discussion plus pédagogique qui permettra à vos interlocuteurs de comprendre ce que ces mystérieuses petites phrases impliquent pour l’autre et la relation que vous entretenez avec elle/lui.
  • Notez ces petites phrases quelque part, elles vous seront utiles le jour où il faudra peut-être apporter des exemples concrets pour une prise de conscience plus collective au travail et plus poussée. Ou encore le jour où ce qui n’était que des « petites phrases » devient plus fréquent, plus insistant et accompagné de gestes et de décisions vous portant préjudice.
  • Car si ces petites phrases reviennent trop souvent, l’humour destiné à déclencher un échange constructif ne suffit plus et peut même devenir contreproductif. Si vous sentez de la persistance, de l’insistance, c’est que vous avez à faire à une dynamique « vers le bas », visant votre dévalorisation, une action « sur » vous. Soyez fermes, dans le calme.

En conclusion,  demandez-vous quel est votre interculturel à vous. Car il n’existe pas d’interculturel en soi mais bel et bien une démarche. En ces temps agités et flous de mondialisation, de voyages multiples, il ne s’agit plus de penser l’autre en fonction de ce que vous considérez être « sa » culture; … et d’ailleurs, si l’on se penche sérieusement sur ce dernier point, comment cela est-il possible ? Non, vous avez d’abord et avant tout, en vous, des visions, des fantasmes culturels, des représentations, des préjugés. Nous en sommes tous porteurs. Mais nous n’en faisons pas tous le même usage. Certains s’y enferment, et d’autres en font de véritables tremplins pour vivre des interactions « à fort potentiel ». Lequel ? A vous de voir !

Sarah Khalfallah