Diversité, Migrations & Compétences / Gestion stratégique de la Diversité

NON, la formation à la Diversité n’est pas “exotique”, OUI elle est nécessaire!

NON, la formation à la Diversité n’est pas “exotique”, OUI elle est nécessaire!

Sarah khalfallah Formation Diversité

« Se former à la Diversité, c’est exotique », c’est une remarque faite récemment par une participante à mes formations.
Ce fut une belle occasion d’aborder des sujets que seule la formation permet d’encadrer, de disséquer et de mettre en perspective. Car bien évidemment, sur le fond comme sur la forme, la formation à la diversité n’a précisément rien d’exotique ; elle a même pour vocation de mettre KO cette perception « exotique » de la diversité comme de la formation. Et pas n’importe comment.

S’il est stérile voire contreproductif de parler « boulot » sans les émotions qui vont avec, il est nécessaire de prévenir, d’encadrer et de travailler sur le trop plein émotionnel suscité par les débats nombreux et sensibles sur les migrations et la diversité. C’est un premier point. Un point de départ. Travailler c’est forcément vivre des expériences interactives humaines, des frustrations, des joies, des agacements, et bien d’autre chose. Mais qu’en faire ?
A partir de là, il est tout aussi nécessaire de prolonger la réflexion : la formation accueille et se doit de le faire ces émotions mais pour les sculpter et les réintégrer à leur juste place dans le rapport que l’on entretient à son travail au quotidien. Car travailler en contexte de diversité implique en effet un regard particulier sur ses compétences et une confiance « mobile ». Le terme de compétence est certes tout aussi à la mode que celui de Diversité. Mais très concrètement, il s’agit bien à la fois de savoir-faire, de savoir-comprendre, de savoir-agir dans des cadres socioprofessionnels de plus en plus à l’image de ce monde « transfrontières ».

Travailler en contexte de diversité implique ainsi presque « naturellement » une collusion entre opinions, environnement idéologique, vécus personnels, émotions, conceptions et cahier des charges professionnel. Certains parviennent à faire de cette collusion un espace de réflexion productif pour leurs pratiques. Mais même dans cette situation disons « d’apparente prédisposition », la formation aura un intérêt structurant. Car s’estimer « ouvert à toutes les cultures », « heureux de travailler avec des gens du monde entier » – ce que j’entends souvent – peut également relever de préjugés xénophiles qui n’impliquent de loin pas nécessairement de savoir prendre la bonne distance pour comprendre ce qui se passe en situation de diversité et comment faire évoluer ses compétences dans des situations perçues plus ou moins clairement comme multiréférentielles (au sens où la diversité signifie à la base des différences de parcours, de points de vue et d’univers de référence en terme de valeurs par exemple).

Une enseignante me confiait l’autre jour son problème par rapport à la religion musulmane « en général » bien que « n’y connaissant rien » et les liens qu’elle faisait entre la réaction de certains de ses élèves et la religion. « Tout se mélange dans ma tête, je ne sais plus quoi faire parfois mais je sais quoi penser, et ce que je pense ne m’aide pas… ».
Ou encore un vendeur d’une grande enseigne qui me confie qu’il n’en peut plus de « cette clientèle là » au point que ses préjugés s’immiscent dans sa vie privée.
S’agit-il là de racisme ou d’expériences débridées que la formation peut précisément reprendre ? Ici aussi la confusion est à éviter absolument. Le racisme désigne une posture spécifique et la gamme des impressions, actions, réactions, émotions dans le champ de la diversité est énorme. Il faut savoir démêler tout ça.

La migration est une histoire de frontières franchies, refranchies et dont précisément ces franchissements réels et symboliques impactent sur notre façon de voir les choses. A la condition de se prendre le temps d’une « reflexivité », d’une bonne formation qui permette dans ces temps « mobiles et mondialisateurs » de faire le point et de repartir sur de bonnes bases avec des connaissances claires et des compétences prêtes à prendre leur élan dans des situations de plus en plus complexes et hétérogènes.

Ces frontières sont multiples : géographiques, culturelles, sociales et psychosociales, identitaires, professionnelles et personnelles. La formation en reprend les atouts et les ressources. Savoir « territorialiser » à bon escient et surtout, séparer, distinguer, départir et prendre du recul, savoir diagnostiquer ce qui est culturel de ce qui ne l’est pas, est le 2ème point fondamental de la formation. Qu’est-ce qui est du ressort de mon travail, de ma responsabilité, de celle de mon institution et de mon contexte professionnel, de mon éducation et de mes représentations personnelles, de celles de mon entreprise, de mes élèves ou de celles de mes clients, et à partir de cette «cartographie », comment pouvoir réenvisager un autre voyage : celui de la diversité conscientisée, comprise et capitalisée ?

Et puis d’abord c’est quoi la Diversité ? C’est quoi l’interculturel ? 3ème point prépondérant de la formatIon : clarifier les nombreux concepts qui circulent tout azimuts dans la presse, dans les discours, au quotidien. Les apprivoiser, les définir pour sa propre compréhension des « choses multiples » vécues dans son travail et dans son quartier.
Structurer, cartographier, apprendre à comprendre. Et surtout à voir l’autre au-delà du seul prisme culturel. L’autre n’est pas seulement suisse-allemand, congolais, anglais ou vietnamien. Il est lui. Il est elle d’abord et avant tout.

Tout un programme. Un beau.

Et encore bien d’autres choses à dire, au prochain épisode : pourquoi la formation a besoin de la diversité ? L’autre face (II). Tout bientôt sur scoop.it et http://www.sarah-k.com

Sarah Khalfallah